Le R&B français continue de se renouveler. Avec SENTIMENTALE, son premier EP disponible depuis le 28 mai, BB NOYAA concrétise ses grandes ambitions.
Au fil des neuf morceaux, la Lyonnaise fait de son hypersensibilité une véritable force. Elle y explore les sentiments sous toutes leurs formes, livrant un récit aussi personnel qu’universel. « Être sentimentale, c’est ma manière de vivre », revendique-t-elle.
SENTIMENTALE, c’est à la fois le reflet de l’artiste qu’est devenue BB NOYAA et de la petite fille qui rêvait déjà de devenir chanteuse. Au-delà de sa vision romantique de l’amour, elle se met à nu avec une sincérité désarmante et pose les bases de son univers.
Nous l’avons rencontrée pour revenir sur son parcours, ses inspirations et la naissance de SENTIMENTALE.
Comment tu te sens deux mois après la sortie de ton premier projet, SENTIMENTALE ?
BB NOYAA : Coucou Booska P, ça fait plaisir de vous revoir ! Je me sens bien, merci. Surtout soulagée, car je n’avais qu’une hâte : voir enfin mon projet sortir. Les retours sont positifs, je suis satisfaite et ça me pousse à en donner davantage.
Un retour t’a particulièrement marquée ?
Je dirais celui de mon équipe. Que ce soit avant ou après la sortie, j’ai reçu beaucoup d’encouragements et de félicitations. D’après mon public, c’est un no-skip. Ça me booste.
Avant de parler de SENTIMENTALE, d’où vient le nom BB NOYAA ? Est-ce un alter-ego, une partie de toi que tu assumes davantage à travers la musique ?
BB NOYAA, c’est tout l’inverse de la personne que je suis au quotidien. Parfois, j’ai du mal à trouver l’équilibre entre cette dualité-là. Par exemple, je suis très casanière et BB NOYAA doit se montrer partout. Mais elle me pousse à assumer pleinement qui je suis au fond de moi : une p*tin de re-sta ! Donc ouais, je dirais que c’est comme un alter-ego.
SENTIMENTALE
Rentrons dans cet EP. Comment est-il né ? Tu sentais que c’était le moment d’envoyer un premier projet, deux ans après tes débuts officiels dans la musique avec « So Fresh » ?
C’était la suite logique. Mon public avait envie d’en entendre un peu plus. Alors, je les ai servis. Il était temps pour moi aussi d’avoir cette première carte de visite.
Tu as fait beaucoup de morceaux pour SENTIMENTALE ?
Oui, pas mal de titres quand même. Et pour l’anecdote, on avait un tableau au studio rempli de morceaux et de maquettes inachevées. Chaque jour, on se demandait lesquels méritaient d’intégrer le projet.
Question classique, mais obligatoire : pourquoi avoir choisi SENTIMENTALE comme nom de projet ? Est-ce lié à cette hypersensibilité que tu peux avoir ?
J’ai choisi d’appeler mon projet « SENTIMENTALE » parce qu’il contient d’abord un titre du même nom et que cette idée reflète l’ensemble des morceaux. C’est le thème central de l’EP. C’est un petit clin d’œil à Beyoncé avec « Dangerously in love » et Wallen « Avoir la vie devant soi » qui ont nommé leur projet de cette manière. Je suis aussi hypersensible, je ressens tout trop fort. Être sentimentale, c’est ma manière de vivre. À travers ce projet, j’ai cherché à assumer qui j’étais, sans rien cacher, pas même ma vulnérabilité.

Dès l’intro de « N.O.Y.A.A », on comprend qu’on a affaire à un projet qui dépasse largement le simple R&B. Plusieurs phrases m’ont interpellé. La première : « Maman, maman, regarde comme je chante ». Tu rêves depuis petite de devenir une chanteuse/artiste ?
Oui, depuis toute petite, je rêve d’être chanteuse. Je chantais tout le temps, à l’école, avec des copines, dans ma chambre, devant des clips à la télé, tout le temps. Il était important pour moi d’ajouter cette phrase pour qu’on comprenne le contexte.
À quel moment la musique est devenue plus qu’une passion, un moyen de construire ton avenir ?
Ça a toujours été une passion, mais au début, je ne réalisais même pas qu’on pouvait en faire un métier. Puis j’ai grandi et j’ai essayé d’autres choses, mais la musique revenait toujours à moi. Et à ce moment-là, j’ai compris que c‘était mon destin.

Tu as commencé à chanter à quel âge ? Qu’est-ce qui t’a donné envie de chanter ?
Ma grande sœur m’a dit que j’ai commencé à chanter à l’âge de deux ans, mais je ne la crois pas (rires). En primaire, j’écrivais des chansons, donc c’est à partir de cette période que j’ai des souvenirs. Je regardais des DVD de concert de Beyoncé et de Jennifer Lopez. J’avais envie d’être comme elles, tout simplement.
Quelles sont tes influences justement ?
J’en ai tellement ! Chacune m’apporte quelque chose de différent. Aaliyah et Mary J. Blige, c’est leur musique, leur style. Beyoncé pour sa capacité à être une artiste complète. Brandy pour son talent vocal. Nicki Minaj pour l’attitude, les placements dans ses textes. Rihanna pour l’interprétation.
Tu touches à tout dans la création de ta musique : l’écriture, la composition, le chant. Est-ce difficile pour toi de déléguer une partie de ce processus ?
Je n’ai pas de mal à déléguer, car la musique, c’est aussi du partage. En studio, j’aime bien écouter les idées et les avis des autres. Mais c’est vrai que sur l’écriture, j’ai besoin de garder la main.
C’est aussi une manière de t’assurer que le résultat te ressemble totalement ?
Oui, il faut être le plus authentique possible.

Juste après t’enchaîne avec : « Tout au fond de la classe, j’rêve de voir ma tête en CD. Pendant qu’ma mère se fait battre par cet homme, comment puis-je l’aider ». Pourquoi avoir choisi d’ouvrir le projet avec une image aussi brutale ?
Car c’était ma réalité. Je ne pouvais pas parler de mon enfance sans évoquer ce contraste entre ce que je vivais et les rêves que je portais. Il y avait de la violence chez moi. Je me demandais comment sortir de ça. C’est un peu théâtral, mais c’est la musique qui m’a aidé. Je m’évadais. Depuis petite, je me suis construit cette bulle qui m’a permis d’avancer et qui, encore aujourd’hui, me permet de rester focus.
Quand tu écris cette phrase aujourd’hui, tu la regardes avec les yeux de l’enfant que tu étais ou avec ceux de l’artiste que tu es devenue ?
Les deux. L’artiste que je suis devenue a réussi à consoler cette petite fille avec ce morceau.

Toujours sur « N.O.Y.A.A », tu dis : « À part le chant, écrire des chansons, rien ne me fascine. Ce n’est qu’à 20 ans que j’ai décidé de suivre ma destinée ». Parle-moi de ce déclic que tu as eu à 20 ans. Qu’est-ce qui l’a déclenché ? C’est lié à ton déménagement de Lyon à Paris ?
Oui, c’est totalement en lien. T’es bien renseigné ! Je cumulais deux taffs. Un de mes employeurs avait vu sur les caméras que je prenais trop de pauses, car j’écrivais des morceaux. Suite à ça, il m’a dit d’aller chanter ailleurs. C’est ce que j’ai fait (rires). Je me posais la question : « Qu’est-ce que tu aimes faire dans la vie ? ». À ce moment-là, c’était la musique. Donc, j’ai tout quitté.
Enfin dernière phrase de « N.O.Y.A.A » qui m’a interpellé : « Pour eux, j’suis qu’une artiste sans intérêt. Toute seule, j’me suis faite toute seule ». De qui parles-tu ? Qui sont ces personnes que tu avais besoin de convaincre ?
Je parle de toutes les personnes qui aujourd’hui pensent savoir ce qui est bon pour moi. Que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans l’industrie musicale. Aujourd’hui, on ne te laisse plus le temps de te construire. Ils veulent que tu sois un produit déjà fini. En réalité, je n’ai pas besoin de les convaincre. Ils retourneront leur veste comme ils le font à chaque fois. On ne peut pas plaire à tout le monde et ça ne veut pas dire qu’on ne vaut rien. Chacun mérite sa place.



Globalement, SENTIMENTALE est nourrie par les sonorités R&B et le rap des années 2000. Quelle attache as-tu avec cette période ?
Je ne me suis pas vraiment posé la question. C’était spontané, car elles font partie de moi.
J’ai l’impression que tu es quelqu’un de très nostalgique. Quel rapport as-tu avec ce sentiment ? Et à quel point il t’influence dans ta musique ?
C’est vrai que j’ai beaucoup d’attaches avec la nostalgie. C’est un sentiment qui me conforte, j’essaie de réaliser ce que j’imaginais plus jeune.
Cela peut-il t’énerver ou te frustrer qu’on te réduise à une simple artiste R&B ? En tout cas, j’ai l’impression avec SENTIMENTALE, que tu as voulu directement te détacher de cette étiquette.
Non, ça ne me fait rien, car le R&B est la catégorie la plus difficile et exigeante dans la musique. Donc y être associé ne me dérange pas. C’est ma base. Avec SENTIMENTALE, j’ai voulu montrer d’autres facettes du R&B et prouver que je pouvais explorer plusieurs univers. Je suis assez versatile. Je teste pas mal de sonorités différentes en studio, mais ça reste toujours du BB NOYAA.
Le R&B connaît un vrai regain d’intérêt ces dernières années. Comment tu analyses ce retour en force et la place que tu peux prendre dans cette nouvelle génération ?
Je suis très contente que le R&B puisse avoir un retour de lumière en France. Il y a de très bons artistes dans le pays. Malheureusement, j’ai l’impression qu’on n’est pas accueillis comme il se doit.
Tu as quelques recommandations d’artistes R&B ?
Je te dirais d’écouter Girlfriend, kwn, Jay Starr et Warren Saada.


Sur SENTIMENTALE, tu sembles avoir une vision très précise de ce que tu veux construire comme artiste. Quelles sont tes ambitions ?
Je rêve en grand depuis toujours. Pour l’instant, je te dirais une date parisienne. J’aimerais beaucoup rencontrer mon public.
L’amour est omniprésent sur SENTIMENTALE, mais tu ne le présentes jamais uniquement sous un angle positif. Est-ce important pour toi de montrer toutes ses contradictions : l’attachement, la douleur, la dépendance, la guérison ?
J’ai raconté l’amour comme je l’ai connu. Je me suis inspirée de mes expériences. À travers ce projet, j’ai d’abord guéri de certaines blessures. Je me dis que je peux aider ceux qui m’écoutent en posant des mots sur certaines situations.

Parlons de la cover. Elle représente les deux facettes de ta musique : le côté ensoleillé via ta tenue et ton vécu via le décor nuageux. Es-tu d’accord avec cette analyse ?
C’est plus deep que ça. Le fond représente le ciel après la tempête et symbolise tout ce que j’ai traversé. Même quand les périodes sont compliquées, il y a toujours cette lumière qui revient. Elle est d’ailleurs naturelle pour montrer cette sincérité. Dans mon attitude, on peut ressentir la vulnérabilité et l’intimité que j’ai transmis dans ma musique. Les couleurs des vêtements contrastent avec le fond pour l’espoir. Le string est un détail qui peut paraître anodin, mais il a une vraie importance. Je ne l’ai pas vu comme un simple élément sexy ou provocateur. Pour moi, il incarne quelque chose de beaucoup plus intime. C’est un vêtement qu’on réserve généralement à soi-même ou à une personne proche. Il symbolise la vulnérabilité, la confiance et le fait de se dévoiler, au sens propre comme au figuré.
Ino Casablanca est le seul featuring de SENTIMENTALE. Pourquoi être allé le chercher ?
Il est trop fort. J’avais envie de partager un morceau avec un artiste singulier du paysage français et un univers différent du mien. J’adore ce que propose Ino.
Sur « SITUATION CHEAP », vous optez pour un storytelling qui rappelle les grands morceaux narratifs des années 2000. C’était une envie assumée de revenir à cette manière de raconter des histoires ?
Oui totalement. On a mélangé nos références et on s’est mis d’accord sur un thème d’écriture. Je voulais jouer sur les stéréotypes qu’on pouvait retrouver à l’époque. On y est allé jusqu’au bout, il n’y a qu’à voir le clip.
Avec Ino Casablanca, vous avez ce point commun de proposer une musique qui dépasse les frontières des genres. Cette volonté de ne pas être enfermée dans une case est-elle importante pour toi ?
Oui, j’ai besoin de cette liberté et de ne pas avoir de frein lorsque je crée. Je me lasse très vite et j’ai souvent besoin de nouveauté. C’est ce que je suis venu chercher en me lançant dans la musique.
Quel est le morceau qui te représente le mieux sur SENTIMENTALE ?
Je dirais « N.O.Y.A.A ». C’est le morceau dans lequel j’ai été la plus sincère.
Quel est ton morceau préféré ? « VITESSE » est un hit pour moi.
Oh merci ! On me le dit souvent. Je les aime tous, mais en ce moment, j’aime la vibe de « BACK IT UP ».
SA FÉMINITÉ ET SON IMAGE
Dans ta musique comme sur tes réseaux, tu assumes pleinement ta féminité et tu joues avec les codes qui y sont associés. L’idée était de les reprendre pour en faire quelque chose qui t’appartient ?
Ce que j’ai voulu, c’est justement jouer avec ces codes. Pas pour les copier, mais pour les retourner à ma manière. La féminité, on l’a souvent enfermée dans des règles très strictes. Ma mère a joué un grand rôle sur ce point-là. Libérée, féminine et sexy, elle m’a poussée à assumer ma féminité. C’est mon terrain de jeu maintenant.



As-tu déjà ressenti qu’on attendait de toi une certaine manière d’être une artiste féminine, et comment tu as choisi de t’en affranchir ?
Franchement oui. Très tôt, on essaie de te rendre lisse et douce pour rentrer dans une case. Je refuse de prendre ce rôle-là. Je suis avant tout humaine et je préfère être moi-même. Je montre mes failles, mon histoire, j’ose et je me moque de ce qu’on peut penser de moi.

Tu accordes aussi beaucoup d’importance à la manière dont tu t’habilles. La mode fait-elle partie intégrante de la construction de ton univers artistique ?
Je dis toujours que l’image d’un artiste doit ressembler à sa musique. À la manière dont je m’habille, on doit savoir qui je suis.
LA SCÈNE
Parlons de ton rapport à la scène. Tu as pu accompagner SDM en première partie de sa tournée des zéniths. Qu’est-ce que t’a apporté cette aventure ?
C’était ma première expérience sur scène. Passer directement dans de grandes salles n’était pas évident. À la base, je chantais uniquement dans ma chambre ou au studio. C’était impressionnant. Ça m’a donné envie d’avoir ma propre scène.
Le public rap peut parfois être très attaché à certains codes. Ça a été un défi de faire accepter ton univers R&B dans cet environnement ?
C’est toujours un défi de défendre un projet R&B. Mais je ne me décourage pas, je suis là et c’est parce que j’ai du talent.


Tu as également fait la première partie de Lynda à l’Accor Arena le 5 juin dernier. C’était comment ? Raconte-moi cette expérience.
Exactement. J’ai pu rencontrer Lynda et son équipe qui m’ont très bien accueillie. Je suis contente qu’elle m’ait invitée à partager son premier Bercy. C’est une reconnaissance pour moi aussi. J’ai pu également rencontrer Kayliah, une artiste que j’écoutais plus jeune. Elle a validé ma musique.
J’ai eu la chance de te voir aussi à Yardland en 2025. Le concert était particulièrement ambitieux pour une artiste encore en pleine construction. C’est essentiel pour toi de proposer un vrai show avec tout ce que ça comporte ?
Oui tout à fait. J’étais excitée à l’idée de tester la scène avec mes danseuses. C’était une superbe expérience. Je tiens à être cette artiste-là. J’ai grandi en voyant des showgirls, je ne peux que le devenir.


Quelle est la suite pour toi ? Un nouveau projet ? Des concerts ? À quoi peut-on s’attendre ?
À me voir partout. Pourquoi pas une petite tournée…
Dernière question : la petite fille qui rêvait de musique au fond de sa classe, que penserait-elle de BB NOYAA aujourd’hui ?
Elle serait trop fière et serait rassurée d’avoir eu raison de persévérer.
Entretien réalisé par Curtis Macé.
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